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Autour de "Les Ames obscures" de Jacques Mazeau


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A l'occasion de la parution de Les Ames obscures, Jacques Mazeau nous parle de son roman ainsi que de son métier d'écrivain.

Quel a été le point de départ des Ames obscures ? Est-ce cet incroyable paysage du Causse noir qui sert de toile de fond au roman ?

Un jour, lors d’une conversation avec l’un de mes amis, nous évoquions pêle-mêle plusieurs sujets personnels, dont celui d’un proche qui disparaît brutalement sans qu’on sache ce qu’il est devenu. Est-il décédé ? A-t-il été enlevé ? A-t-il choisi de changer de vie ? S’est-il retiré quelque part ? Et de nous interroger sur les conséquences que cela pouvait avoir sur ses proches. L’horreur pour eux de ne pouvoir élaborer que des conjectures... sans aucune certitude ! J’ai moi-même vécu cette situation et je sais quelles souffrances elle peut occasionner. J’ai eu alors le désir d’écrire un roman autour de ce thème. La nature sauvage du Causse noir me semblait être un excellent environnement pour traiter de ce sujet.
 
C’est un genre que vous aimez particulièrement, le roman noir, le suspense ?

Effectivement, j’aime beaucoup ce type de roman et les atmosphères qui vont avec. Surtout quand les intrigues se situent dans un environnement familial et local où les passions et les désirs s’exacerbent, s’entrechoquent de manière silencieuse mais forcément violente.
 
Dans Les Ames obscures, peu à peu, le malaise plane, le doute s’insinue et Céline, votre héroïne, ne sait plus qui croire. Seule, ou presque, face à la disparition de son père, face à sa propre famille.  
Une famille pas comme les autres, pleine de non-dits et de secrets… N’est-ce pas aussi un roman sur la solitude ?


C’est vrai que Céline ne sait plus à quel saint se vouer pour comprendre et accepter la disparition de son père. Mais également pour accepter la part d’ombre de ce père qu’elle découvre au fur et à mesure qu’avance l’enquête. Elle adorait un homme qui en fait n’existait pas. Son amour pour lui était de l’ordre du fantasme.
Dans ces conditions, on se retrouve seul. Personne ne peut vous aider. Une telle révélation est tellement insupportable ! Il faut assumer et trouver en soi les ressources pour faire face. C’est une épreuve trop intime et dévastatrice pour qu’un tiers puisse jouer un rôle dans sa résolution. Même David, l’homme qu’elle aime, ne peut rien faire. Tout juste peut-il tenter de la rassurer, voire de la consoler. C’est, je crois, le condensé de la condition humaine. In fine, nous sommes seuls !
 
Votre roman évoque également les disparitions non élucidées, un sujet que vous connaissez bien ? 

En effet, car je m’en suis occupé très activement lorsque j’étais chargé de mission auprès de Daniel Vaillant, alors ministre de l’Intérieur. Je peux même revendiquer avoir été à l’origine du nouveau texte de loi à ce sujet concernant en particulier la définition de ce qu’on appelle une « disparition inquiétante ». Dans ce contexte, j’ai eu à connaître plusieurs affaires de disparitions non élucidées. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail remarquable des policiers qui enquêtent sur ces affaires et qui n’abandonnent jamais...
 
Entre action et suspense, Les Ames obscures ne ménage pas le lecteur. Au fil des pages, on imagine un film, des images fortes. Vos romans ont été plusieurs fois adaptés pour la télévision. Travaillez-vous en ce sens votre écriture et votre histoire ?

J’ai toujours écrit mes romans comme on écrit un scénario. Mes paragraphes sont des prises de vues. J’ai le regard du réalisateur lorsque je développe une scène. C’est sans doute pourquoi j’ai été adapté à quatre reprises pour la télévision. L’un des réalisateurs de mes romans m’a d’ailleurs dit un jour « Quand on lit tes romans, on regarde un film. »
Lorsque j’écris, j’ai toujours besoin d’avoir devant les yeux un lieu, des objets et donc un environnement précis dans lequel je fais évoluer mes personnages. Nos émotions, nos gestes, nos paroles sont très dépendants de ce qui nous entoure. Dans Les Ames obscures, le fait de vivre dans un pays rude, d’être en contact avec la nature parfois hostile, loin de tout, forge des personnalités taiseuses et indociles, bien éloignées de celles qu’on croise dans les quartiers animés des grandes villes.
 
Pensez-vous que Céline, votre héroïne, puisse sortir indemne de toute cette histoire, pourra-t-elle vraiment se reconstruire ?

On ne sort jamais indemne d’événements majeurs qui ont marqué nos vies, comme celui que doit affronter Céline. Si c’était le cas, cela voudrait dire que nous sommes indifférents et insensibles. La différence se fait dans la manière dont chacun va assumer l’événement. Il y aura ceux qui s’effondreront, d’autres qui résisteront et ceux qui domineront la situation. C’est alors une question de caractère, d’expérience et de volonté. Telle que je la vois, Céline appartient plutôt à dernière catégorie. Elle va se battre pour assimiler la leçon de l’événement et certainement en faire un outil d’expérience pour l’avenir. Et puis, elle finit par aimer… Le meilleur moyen de se reconstruire, je crois.
 
Comment êtes-vous venu à l’écriture ? Avez-vous aujourd’hui des rituels d’écriture ?
 

Je suis venu à l’écriture par hasard, et j’en sortirai sans doute de la même manière. J’ai écrit la moitié de mon premier roman, La Ferme d’en bas, à l’âge de dix-huit ans et je l’ai terminé à trente six ans parce que Balland, mon éditeur, m’y avait quasiment contraint. Depuis, j’écris en fonction de mes envies, d’évènements particuliers, d’opportunités, sans plan de carrière, ni ambition autre que d’y prendre du plaisir et d’en donner à mes lecteurs.
Je n’ai aucun rituel d’écriture, si ce n’est de m’asseoir devant mon ordinateur et de commencer à écrire.
 
Quel est votre plus grand plaisir d’écrivain ?

C’est de terminer un livre. D’éprouver la sensation très agréable d’avoir maîtrisé une situation, donné du sens, créé des sentiments, des événements, bref de la vie. Quel plaisir d’avoir été un peu un « deus ex machina » le temps de l’écriture d’un roman !
 
Quels sont les auteurs qui ont compté pour vous ?

Ils sont légion. J’ai beaucoup lu, ne serait-ce que pour faire mes études de lettres. Quelques noms ? Dans mon enfance, Gilbert Cesbron, Pierre Benoit, Marcel Aymé, Han Suyin m’ont initié à la littérature. Puis, plus tard, Gide, Zola, Mauriac, Malraux et bien d’autres sont venus compléter le tableau. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que l’un ou l’autre m’ait plus particulièrement marqué.

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