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Autour du roman Le Fard et le Poison de Béatrice Egémar…


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  • Présentez-nous votre héroïne, Manon Vérité, jeune parfumeuse parisienne, qui évolue en plein siècle des Lumières. Intrépide et curieuse, elle aime mettre son nez là où on ne l’attend pas…
Manon est une jeune femme de son temps, mais elle a eu la chance d’être élevée par des parents – son père surtout – aux idées libérales. Curieuse, indépendante et intrépide, elle lit ce qu’elle veut, elle adore son travail de parfumeuse que malheureusement elle ne peut pas exercer en son nom, puisque la corporation parisienne des maîtres parfumeurs et gantiers l’interdit aux femmes (sauf les veuves de parfumeur, et encore, elles ne pouvaient pas former d’apprentis !).
  • Le parfum au XVIIIe siècle est une coquetterie de privilégiés. D’ailleurs on dit que madame de Pompadour, la favorite de Louis XV, présente dans votre roman, dépensait des sommes folles en parfumerie…
Que ne dit-on pas de madame de Pompadour et de ses folles dépenses ! J’ai lu qu’elle consacrait 500 livres par an à ses parfums. Si c’est exact, cela correspond à dix fois le salaire annuel d’un domestique... mais c’est dix fois moins que ce qu’elle dépensait pour ses bougies !
 
  • Le Fard et le Poison – comme le précédent roman ayant Manon pour héroïne, Le Printemps des enfants perdus – est une plongée dans l’univers du parfum et des cosmétiques mais aussi d’un Paris fascinant et méconnu. On y découvre par exemple la Salpêtrière, « tout à la fois une geôle, un asileet un hospice », décrite comme un enfer. Comment avez-vous procédé pour vous documenter sur les lieux de l’époque ?
J’ai consulté beaucoup de livres sur le Paris de l’époque, ainsi que sur le château de Bellevue. Le plus dur a été de trouver un peu de documentation sur le couvent de l’Assomption, où madame de Pompadour avait placé sa fille. Ce couvent a été détruit et même les congrégations religieuses auxquelles je me suis adressée n’ont pas gardé d’archives...
 
  • Comme vous le racontez dans votre roman, Manon, qui a les sens très affûtés, doit se boucher le nez dès qu’elle quitte sa boutique pour arpenter les rues de Paris. La capitale empestait-elle vraiment autant ?
C’est sûr, hélas ! La Seine puait, on a de nombreux témoignages en ce sens, les Parisiens n’hésitaient pas à jeter leurs ordures dans la rue, les fosses d’aisances étaient rarement vidées et encore moins curées, et les gens se lavaient peu, comme on le sait. Mais la sensibilité aux odeurs n’était pas la même ; certaines senteurs qui nous dégoûtent aujourd’hui étaient tolérées, voire appréciées. Je pense notamment aux odeurs corporelles, qui avaient une forte valeur érotique. 
 
  • Quel était le parfum le plus « à la mode » que prisaient artistes, dames du monde, élégantes parisiennes à l’époque de votre héroïne Manon ?
C’est une époque charnière pour les parfums. Alors que sous le règne de Louis XIV, on aimait les parfums très capiteux, animaux, avec du musc, de l’ambre, de la civette, sous Louis XV on apprécie la légèreté. On verra bientôt apparaître les premières eaux de Cologne : dans les années 1760, celle de Jean-Marie Farina, toujours sur le marché aujourd’hui, puis en 1770 les lavandes anglaises, avec la création de la maison Yardley, à Londres. A l’époque de Manon, on aimait les agrumes, les parfums à base de citron, de petit-grain, de bergamote, et de fleurs, comme la rose et la violette.
  • Quels sont vos rituels d’écriture ?
Je n’en ai qu’un : travailler en silence ! Si j’écoute de la musique, cela me déconcentre.
 
  • Quels sont vos auteurs préférés ?
La liste serait longue ! Pour les romans historiques, Robert Merle et sa série « Fortune de France », sinon je relis régulièrement Jane Austen, David Lodge, Alison Lurie, et Agatha Christie. Je vous recommande d’ailleurs son autobiographie, peu connue et passionnante.
 
Quel est votre plus grand plaisir d’écrivain ?
Relire mon texte en étant persuadée que c’est une catastrophe et me dire que finalement il n’est pas si mal. Me dire : « Finalement, j’y suis arrivée ! » Cela m’étonne toujours !
 
  • Quel est le plus beau compliment qu’un(e)  lecteur(trice) vous ait fait ?
Une jeune fille très enthousiaste m’a parlé d’un de mes personnages, un jeune homme, en me disant qu’il « était trop beau ». Or, je ne l’avais pas décrit, mais elle l’avait « vu » à travers les yeux amoureux de mon héroïne.


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