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Entretien avec Frédérique Volot autour de son dernier roman


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Qu’est-ce qui a suscité votre désir d’écrire ce nouveau roman, Toutes ces choses à te dire, qui parle d’exil, d’amour et de transmission ?

La réponse tient en quelques mots : retour aux sources. Toute ma vie, j’ai souffert du manque de vérité sur mes origines. Par ailleurs, ce roman est né de la volonté de rendre hommage à un homme : Ettore, mon grand-père maternel, mort bien trop tôt. Comme tant d’autres, il s’est exilé pendant l’entre-deux-guerres. Il a connu le regard de l’autre, des autres, parfois la haine. Fort heureusement, il a rencontré Lucie, ma grand-mère, qui a toujours fait fi du qu’en-dira-t-on. Une femme de caractère ! Ils s’aimaient, voilà ce qui comptait. Cet amour fut une immense force. Elle leur a permis de tout partager, la peine comme le bonheur. Et Dieu sait que la vie ne leur a rien épargné ! Mais jamais, ni à leurs enfants, ni à leurs petits-enfants, ils n’en ont soufflé mot.
Au fil du temps, ma curiosité s’est aiguisée. J’ai voulu savoir et rien n’a pu entamer ma détermination !
 
Serait-ce votre roman le plus personnel ?

Oui, il s’agit sans conteste de mon roman le plus personnel puisqu’il s’appuie sur le vécu de mes proches. J’espère que les lecteurs le ressentiront à la lecture. Je sens d’ailleurs que je me suis vraiment « lâchée » dans ce livre. Plus de spontanéité, d’émotion, un style plus incisif… c’est le cœur qui a dicté cette histoire !
 
Présentez-nous Ettore, votre personnage principal, dont on devine entre les lignes toute l’admiration que vous lui portez. Car il est admirable !

Ettore est né en 1910 en Autriche-Hongrie, dans la belle ville de Gorizia. Il ne connaît rien de son père, si ce n’est qu’il est slave. Il grandit donc entouré de sa mère Pierina et de son frère cadet Nello, mais aussi de Marija et Frank, des Slovènes autrichiens, comme lui, qui emploient Pierina comme gouvernante. Auprès de Marija, Ettore apprend le violon, une passion qui ne le quittera jamais. Hélas, la guerre, déclarée en 1914, entraîne des bouleversements terribles dans la vie de chacun. Après la défaite de l’Autriche-Hongrie en 1918, Ettore devient italien, subit les humiliations et les violences des fascistes. Comme tant d’autres, révolté, il fuira ce pays qu’il ne reconnaît plus comme le sien. En arrivant en France, en 1930, il laisse derrière lui celles et ceux qu’il aime, ses repères, son identité. Il n’est plus rien qu’un homme dont la volonté de vivre, farouche, l’emportera sur toutes les épreuves qu’il n’a pas fini de rencontrer. Ettore est un homme admirable de persévérance, de générosité, d’ouverture d’esprit envers et contre tout. Il a la chance aussi d’avoir à ses côtés la belle Lucie dont les blessures de la vie ont fait une femme de caractère, et… son violon !
 
En dépit des épreuves, des séparations, des tumultes de la guerre, Ettore et son épouse Lucie vivent une très belle histoire d’amour. Leur différence d’origine n’est jamais un obstacle et un lien puissant les unit. Un lien qui s’explique peut-être aussi par leur expérience commune d’une enfance meurtrie ?
Ils ont, en effet, vécu une enfance difficile. A cause de la violence du père et de la misère pour Lucie, et de la guerre pour Ettore. Cette enfance meurtrie les a endurcis. Volontaire, Lucie a su vite prendre sa vie en main. Elle ne se laisse influencer par personne, sait ce qu’elle veut. Quand elle rencontre Ettore, elle comprend immédiatement qu’il est l’homme de sa vie. Elle balaie d’un revers de main les menaces, les commentaires désobligeants à l’égard d’Ettore l’Autrichien, le Macaroni… Elle l’aime, son bel étranger, c’est tout ce qui compte ! Cet amour, cette complicité qui les unira toujours leur permettra de fonder une famille unie et heureuse malgré les épreuves terribles qu’ils devront surmonter comme l’envoi d’Ettore en camp de travail forcé dans le nord de la France.
 
Il y a toujours un clin d’œil à la Russie, et un autre aux chats dans vos romans… Des clins d’œil bien volontaires ?

Les clins d’œil à la Russie et aux chats dans chacun de mes romans sont, bien sûr, volontaires.
J’aime viscéralement la Russie : son histoire, sa musique, sa littérature, ses traditions, sa peinture, son artisanat, ses paysages, sa démesure, sa langue, son âme... Bref, j’en aime tout ! Sans doute la petite portion de sang slave qui coule dans mes veines !
J’aime aussi viscéralement les chats (j’en ai dix !) et les animaux en général. Ceux qui me connaissent le savent et s’en amusent parfois. Mon bureau sert, à l’occasion, d’infirmerie pour animal – à poil ou à plume – en détresse. Pour en revenir à mes chats, ils sont pour moi un bonheur de chaque jour. Même leurs bêtises (et il y en a beaucoup…) sont l’occasion de grands éclats de rire. Leur présence, notre complicité, est indispensable à mon équilibre. Pour moi, nous ne sommes qu’un ! D’une manière générale, j’ai un respect total pour le vivant quel qu’il soit. La vie est un miracle, elle est précieuse, mais les hommes ont tendance à l’oublier. C’est le respect de la vie qui doit mener le monde, pas la finance.