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Interview d’Yves Viollier - "Le Marié de la Saint-Jean"


Image de l'article Interview d’Yves Viollier -
Le nouveau roman d’Yves Viollier nous convie à une fête en rouge et blanc autour du mariage de Gabrielle et de Zhida, où cent convives se retrouvent au cœur de la campagne vendéenne, le jour de la Saint-Jean. A travers cette union d’amour entre deux êtres et la fusion heureuse de deux familles de cultures différentes, c’est le parcours d’une intégration réussie que raconte avec réalisme et sensibilité Yves Viollier.


Quel a été le point de départ de ce nouveau roman, Le Marié de la Saint-Jean ?
Si j’ai écrit Le Marié de la Saint-Jean, c’est parce que j’ai rencontré Zhida, il y a longtemps déjà. Il m’a soufflé quelques mots de son exceptionnel destin et de celui de sa famille. J’ai tiré quelques fils et j’ai su que j’en ferais un jour un roman.

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter Zhida ?
Zhida est un médecin français, acupuncteur, d’origine sino-cambodgienne, un esprit ouvert, d’une énorme culture médicale, scientifique et littéraire. Comme moi, il croit beaucoup aux rencontres et il a spontanément accepté que je mette mes pas dans les siens. Il a répondu à toutes mes questions. Il m’a fait confiance jusqu’à accepter de paraître sur la couverture du roman avec ses frères et sa maman.

Comment avez-vous procédé pour écrire le bouleversant parcours de Zhida, si loin, au départ, de votre univers ? Avez-vous fait des repérages aussi, là-bas, au Cambodge ?
Bien sûr, je ne pouvais pas écrire ce roman sans faire le voyage au Cambodge. Je suis parti avec Zhida et ses frères sur les traces de leur enfance et de « l’absente », leur mère assassinée par les Khmers rouges. Ce fut un voyage à la fois bouleversant et merveilleux. Je peux vous assurer qu’ensuite j’avais en moi la charge d’émotions et d’images utile pour écrire.

Dans votre roman, il y a une alternance de scènes dures, émouvantes et de scènes solaires –  comme celles de la préparation du mariage. Ce choix narratif était-il pour vous une respiration nécessaire ?
J’ai pensé à ce film, vous connaissez, Le Festin de Babette ? Au cours d’un repas, les convives se livrent corps et âme. Je ressentais le besoin de mêler au tragique les lumières de la fête et de la vie qui court. Et puis je souhaitais faire se rejoindre les deux cultures pour un roman du partage et d’une intégration réussie, opposé à toutes les sirènes de la haine et de la barbarie.

Quels étaient selon vous les écueils à éviter pour raconter l’histoire de Zhida ?
Il fallait éviter le pathos, dire suffisait. Le destin de Zhida et de tous les siens, de ses familles d’accueil aussi, est suffisamment éloquent. Il ne fallait surtout pas en rajouter. S’en tenir au détail vrai, en France et au Cambodge, assembler les deux récits, le temps court de la noce et le temps long de la vie des héros, écrire juste, mettre de la chair et disparaître derrière la voix du narrateur.
 
De très belles personnes vont croiser le chemin de Zhida, en France. Mais il y en a une, particulièrement, qui va l’ancrer dans une terre que vous connaissez bien… Pouvez-vous nous parler de Gabrielle Gallot et de ses parents, paysans vendéens au grand cœur ?
 Gabrielle et les siens, je les croise tous les jours ! Je veux dire que « ces gens-là », généreux, ouverts, ce sont mes voisins, on sait partager chez nous comme partout en France, la générosité est une vertu plus répandue qu’on veut nous le faire croire. Bien sûr, elle ne fait pas de bruit. Gabrielle aime Zhida, ses parents accueillent Zhida comme un fils. Quoi de plus « normal » ? Ils vont l’affronter à quelques épreuves, aux champs et dans la vie quotidienne, on n’entre pas dans une famille comme ça, ça se mérite, et puis ils vont l’adopter comme l’un des leurs. Là aussi ils contredisent l’idée trop sottement répandue de la méfiance paysanne.

Que souhaitez-vous transmettre à travers l’histoire de Zhida ?
Je n’ai pas voulu écrire un roman à thèse. J’ai aimé m’exiler par l’écriture sur une terre d’Asie du Sud-Est que je ne connaissais pas, m’en imprégner, vivre là-bas par l’écriture et faire vivre au plus près ces noces vendéennes que je connaissais bien. J’ai aimé être à la fois le témoin et l’auteur des rencontres des uns et des autres et de leurs enrichissants échanges. J’ai aimé avec Zhida et les siens être un Français « banane » et parcourir avec lui et Gabrielle ce long chemin d’amour et de pardon. Un écrivain est un passeur, de mémoire, d’histoires, de lumières, sinon à quoi bon ? Chaque roman est pour moi une nouvelle aventure, à chaque fois une prise de risques, une petite escalade vers un absolu, et je dois dire qu’avec Le Marié de la Saint-Jean, j’ai été gâté.
 
Un mot de Zhida, le « marié de la Saint-Jean »
Yves, père de ce projet, je suis tout particulièrement heureux de l’accouchement de ton roman.
Lorsque nous sommes partis voici maintenant trois ans avec mes deux frères, nos épouses respectives et l’ami Gérard, pour le Cambodge, voir ce beau pays mais aussi la clinique où mon père, gynéco-obstétricien, a exercé à Phnom Penh avant l’arrivée des Khmers rouges, voir aussi le sinistre « camp 21 » où ma mère et Kouma furent massacrées, je n’imaginais pas le flot d’émotions que cela ferait monter en moi, ni l’idée qui germait déjà en toi de restituer les tribulations d’un « petit Chinois », arrivé en France avec son frère Yunny, très démuni de tout ou presque, vivant une vie très dure, mais aussi l’accueil des familles françaises, l’aide pour s’instruire, la difficulté de gravir une à une les marches pour parvenir à ce que je suis aujourd’hui ; rencontrer l’amitié gratuite, l’aide de quelques-uns que je ne puis oublier, rencontrer aussi celle qui devint mon épouse ; et au travers de mon exercice médical, la joie de rendre ce qui m’a été donné, malgré, parfois, l’incrédulité de certains, et d’avoir acquis la notoriété qui m’a permis de te rencontrer.
Ce livre est la réalité de ce que le « petit Chinois » a vécu ; je ne sais comment tu as pu restituer mon émotion cachée (un Chinois ne montre pas).
Que Bouddha te bénisse, car si cette aventure s’est bien terminée pour moi, pour beaucoup d’autres la fin fut plus amère.
Mille et un remerciements de ce que tu as écrit et qui va bien au-delà de moi et que j’aurais été bien incapable de restituer !