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Parution le 03 mars 2016
360 pages



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Interview de Daniel Cario autour de son nouveau roman



Daniel Cario nous parle de son écriture et de son dernier roman paru aux éditions Presses de la Cité, Les Chemins creux de Saint-Fiacre. Un auteur à rencontrer en Bretagne jusqu'en avril.

Daniel Cario, un chemin vers l’écriture

Vous êtes un ancien professeur de lettres. Depuis quand et comment vous est venu le virus de l’écriture ?
Depuis très longtemps. Un virus attrapé lors de mes lectures quand j’étais lycéen. Mais qui a mis du temps à se concrétiser jusqu’à aboutir à l’écriture d’un roman dans son intégralité. Des bouts de texte avant, des débuts d’histoire, quelques poèmes aussi, comme tous les adolescents qui choisissent l’écriture comme mode de communication.

Quel est le point de départ de vos romans : un personnage, un lieu, un souvenir personnel, une anecdote rapportée par un tiers ?
Je n’ai pas de règle générale, de recette passe-partout. Le plus souvent c’est quand même à partir des événements que j’élabore mes histoires, une idée originale susceptible de surprendre les lecteurs, un dénouement par exemple. Le fruit de mon imagination. C’est ensuite que j’imagine les personnages aptes à donner vie à ces événements, à les rendre crédibles, tout en ménageant des effets de surprise.

Cherchez-vous à expérimenter de nouveaux chemins littéraires ?
Depuis le début, j’ai toujours eu le souci de ne pas me laisser enfermer sous une étiquette, dans un genre littéraire. Mes premiers romans écrits étaient des thrillers qui viennent d’être édités récemment. Sur le plan publication, j’ai commencé par des romans dits de terroir, centrés sur la Bretagne et ses cultures populaires. Ils n’ont pas trop mal marché et le danger était de me cantonner dans cette direction. J’ai toujours aussi écrit des nouvelles (influencé par Maupassant sans doute) et même des romans plus fantaisie sur l’univers des korrigans, mais destinés aux adultes et aux adolescents.

Que pensez-vous de la littérature dite « de terroir » ? Comment vous situez-vous par rapport à elle ?
C’est un terme que je n’aime pas. On lui a appliqué une perception de facilité, de scénarii un peu conventionnels, de relations souvent édulcorées entre les personnages, d’ingrédients similaires d’une histoire à l’autre. Séduire sans trop choquer. Un roman se  passe obligatoirement dans un cadre spatio-temporel défini, met en situation des personnages qui ont un statut social et professionnel. C’est le cas, par exemple, de Germinal d’Emile Zola, il ne viendrait pourtant à l’idée de personne de le qualifier de roman de terroir.

Quels sont les auteurs d’hier et d’aujourd’hui qui vous inspirent ?
Les auteurs classiques du XIXe siècle : Maupassant, le maître de la nouvelle, Balzac, Zola, Hugo pour certains aspects. Aujourd’hui j’adore la maîtrise stylistique de Sorj Chalandon, son art du mot juste, de l’image sans besoin d’effets de rhétorique.
 
 
Les chemins d’écriture…
La différence,  l’enfance, l’initiation sont autant de thèmes que vous abordez avec beaucoup de délicatesse dans vos romans, parmi lesquels La Miaulemort, Les Moissonneurs de l’Opale, Petite Korrig, Les Coiffes rouges, et le dernier, Les Chemins creux de Saint Fiacre (aux Presses de la Cité)Pourquoi ces thèmes sont-ils si importants pour vous ?
Ce sont les étapes fondamentales dans la construction psychologique de tout individu. Aussi sans doute du fait de mon métier d’enseignant. L’enfance est une étape capitale, même si tout ne se joue pas avant le passage à l’état adulte. Quant à la différence, c’est la richesse de toute société. Rien de pire que l’uniformisation, le formatage des personnalités. C’est l’objectif prioritaire des régimes totalitaires, ne l’oublions pas.
 
Beaucoup de vos romans se déroulent en Bretagne rurale : la promiscuité dans ces microcosmes oblige à composer avec la communauté…Ce qui constitue déjà un point de départ dramatique : la différence y est difficilement tolérée… Un autre thème qui vous est cher.
J’ai été élevé dans cette Bretagne rurale, dans un milieu on ne peut plus modeste. Il est donc légitime que je lui rende hommage. La vie dans les isolats des campagnes rendait indispensable la synergie de tous les habitants des villages, notamment lors des grands travaux communautaires On vivait ensemble, à portée de main et de cœur, ce qui aiguisait les sympathies mais aussi les animosités. Il est évident que les excentricités étaient souvent regardées avec suspicion, qu’elles pouvaient même déboucher sur l’intolérance et l’exclusion.
 
 
La forêt est très présente aussi dans votre œuvre (La Maison des frères Conan, Petite Korrig ou Les Chemins creux de Saint-Fiacre). Bien plus qu’un simple décor elle se révèle sous votre plume comme un lieu extraordinaire de découverte, d’apprentissage, de secrets enfouis aussi…
Les sous-bois font partie du légendaire universel, comme les rivières. C’est là que se cachent les secrets, qu’on découvre la vie des êtres autres que l’homme. C’était le cadre de mon enfance. On y apprenait à se débrouiller, à ne pas se plaindre pour une égratignure, à respecter les animaux, et à prendre conscience de tout ce qu’on leur doit, qu’il n’y a pas de vie possible sans eux. Pour un romancier la nature est une véritable corne d’abondance.
 
Les Coiffes rouges est le seul de vos romans qui a pour toile de fond un contexte social et historique réel : la révolte des Penn sardin de Douarnenez. Vos autres romans relèvent de la fiction. Envisagez-vous d’écrire un autre roman autour d’un fait, d’une date de l’histoire bretonne ?
Je travaille actuellement sur un roman dont une partie des événements se déroulent dans la poche de Lorient à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela suppose un important travail de documentation, beaucoup de précautions et d’humilité pour ne pas trahir le fait historique et respecter les protagonistes de l’époque.
 
Vos romans se teintent toujours de suspense (Petite Korrig, notamment…). Et il y a du noir dans votre écriture. Le roman noir est un genre que vous affectionnez particulièrement ?
Cela vient du fait que j’écris aussi des thrillers. Sans être résolument pessimiste, j’ai du mal à concevoir des histoires à l’eau de rose. Il faut que les sentiments des personnages s’exacerbent pour atteindre la vérité de l’âme humaine. Quant au suspense et à la surprise (deux points différents !), cela me semble nécessaire pour entretenir l’intérêt de lecture. Je suis souvent déçu par des dénouements prévisibles, ou d’une platitude affligeante alors que le récit laissait espérer une fin plus intéressante. Quand je construis mon histoire, je commence d’ailleurs par la fin, qui à mon avis doit être le point d’orgue du scénario.
 
L’émotion est très présente dans vos romans mais il y a de la pudeur dans votre écriture. Comment transcrire l'émotion, la transmettre au lecteur sans tomber dans le pathos ?
Je pense qu’il faut autant que possible se mettre dans la peau du personnage, essayer d’éprouver ce que lui-même ressent dans les événements où on l’inscrit, le raconter avec pudeur, sans chercher de grands effets de style, avec des mots simples, susciter l’émotion sans vouloir à tout prix la provoquer. Ce sont les passages que je travaille le plus, avec les scènes de relation physique, où l’auteur doit avoir les mêmes scrupules, en évitant la complaisance.

 
Autour de votre nouveau roman Les Chemins creux de Saint-Fiacre

Ce roman vous a été inspiré par un de vos proches. Comment passer de la réalité d'un personnage existant réellement à la fiction du roman ? 
C’est un exercice périlleux, mais très intéressant. Il faut d’abord parfaitement le connaître, susciter ses confidences, cerner sa personnalité et la respecter dans les événements que l’on invente. En l’occurrence, nous nous connaissons tellement que cela s’est fait sans douleur.

Quelles sont les plus grandes difficultés de l'écriture d'un tel roman où vous parlez à la place de votre jeune héros, Auguste, quatre ans au début du roman ?
Le narrateur n’a pas quatre ans au moment où il raconte l’histoire, même s’il se met dans la peau du personnage, même si j’ai choisi de faire un récit à la première personne. Après, il faut imaginer quelles sont en effet les réactions, les états d’âme d’un enfant, et ce qui est encore plus difficile son évolution langagière avec l’âge au fil du récit.

Les Chemins creux de Saint-Fiacre tourne beaucoup autour de l'apprentissage pour un enfant dans la campagne : chasse, pêche, braconnage, cueillettes, jeux, exploitation de toutes les richesses naturelles, dimension humaine de la relation avec les animaux. Un univers parfois presque onirique, qui relève aussi du merveilleux…
C’est un univers féérique, riche de surprises incessantes. Sans sombrer dans une nostalgie galvaudée, la nature était pour les enfants de l’époque une véritable mine d’or. Nous apprenions à tirer parti de tout, à construire nous-mêmes les jouets que les maigres ressources familiales ne nous autorisaient pas, mais que nous n’enviions pas aux copains plus riches que nous. La rudesse du milieu fixait nos limites et nous apprenait à respecter plus faible que nous, puisque nous-mêmes, nous n’étions pas certains d’être toujours les plus forts.

Vous décrivez Le Faouët et ses chapelles (Sainte-Barbe dans Petite Korrig, Saint-Fiacre dans Les Chemins creux de Saint-Fiacre). C’est la ville de l'enfance de vos personnages, mais aussi la vôtre… Avez-vous puisé dans vos propres souvenirs d’enfance ?
Oui, bien sûr. Dans tous mes romans se déroulant au Faouët, je glisse la perception que j’en avais étant enfant. Volontairement souvent, mais aussi inconsciemment. Il est vrai que le lieu avec ses chapelles et ses bois, ses rivières, ses chemins creux, est fertile en émotions.

Une fois de plus, vous racontez une famille « en vase clos », un peu refermée sur elle-même et pleine de fêlures. La famille d’Auguste n’a pas les contours d’une famille « traditionnelle »…
Les familles des villages étaient souvent à l’image de celle que je décris dans Les Chemins creux de Saint-Fiacre. Des petites maisons qui n’autorisaient pas des ribambelles de gamins. La mortalité infantile y était fréquente, la misère souvent présente, et il fallait se serrer les coudes, au propre comme au figuré. La famille des chemins creux a quand même de particulier qu’elle est le cadre d’un enfant naturel, plutôt mal accepté par sa mère et sa grand-mère. Seul homme, le grand-père est le plus souvent absent du fait de son métier de charpentier.

A contrario de cette famille mal aimante, un magnifique personnage, Daoudal , le rebouteux, qui lui aussi a souffert d’ostracisme. Vous a-t-il été aussi inspiré par un personnage que vous connaissez ? Pourquoi avoir choisi un rebouteux comme personnage ?
Des rebouteux, des décompteurs, on en connaissait dans toutes les campagnes, on les respectait, mais on se méfiait d’eux aussi, pour la simple raison que personne n’était certain de la véracité et de l’étendue de leurs pouvoirs. Daoudal est inventé. Pour ma part, j’ai toujours considéré que les personnes qui possédaient ce genre de dons les utilisaient à des fins charitables. Il est vrai aussi que les gens les craignaient parce qu’on leur soupçonnait des accointances avec des forces occultes. Daoudal est l’alter ego adulte d’Auguste, mais il a souffert aussi de la même façon  étant enfant. Je l’ai inventé pour qu’il devienne son confident, mais aussi son précepteur dans la rude vie de la campagne, et encore plus dans celle des hommes.

L’écriture vous a-t-elle été particulièrement difficile pour ce roman : le je de la narration donc, mais aussi le dialogue enfant / adulte, faire « parler breton » les personnages sans tomber dans un certain folklore ?
Ce sont autant d’exercices de style fort intéressants. La première personne narrative impliquait de se mettre dans la peau du personnage, à la fois au moment des événements et au moment de l’énonciation. Se pose toujours le problème de la parole de l’enfant dans le dialogue : choix du vocabulaire, des tournures, transcription de ses sentiments et de ses réactions. Quant au breton, je ne le parle pas moi-même, mais il était intéressant d’en conserver certaines tournures, sans sombrer bien entendu dans une folklorisation caricaturale. Tout est affaire de dosage.

Les Chemins creux de Saint-Fiacre est aussi une passionnante chronique villageoise à l’heure de l’Occupation. C’est une période où les masques tombent, où vos personnages ne peuvent se soustraire à leur nature profonde. Ainsi Daoudal se révèle être une personnalité exceptionnelle, d’une rare humanité, contrairement à d’autres qui sombrent encore plus dans le mal…
Les conditions  extrêmes, soient-elles de douleur ou de bonheur, sont celles où les véritables personnalités se dévoilent. C’est à ces moments-là que naissent les traîtres et les héros. Encore faut-il être sûr d’effectuer les bons choix, en étant conscient que c’est en fonction du côté où penche la balance que s’opère souvent la distinction, et après coup. Les héros sont souvent ceux qui ont gagné… Daoudal, j’en fais un personnage sublimé, d’une charité sans faille et d’une réflexion hors du commun. Mais n’est-ce pas aussi le rôle du roman de montrer que de tels personnages peuvent exister ?

Pour autant, il y a tout dans Les Chemins creux de Saint-Fiacre : les sourires et les larmes, l’émotion et l’humour. A l’image de celui qui vous a inspiré le roman, le véritable Auguste ?
L’idée d’écrire ce roman est venue en effet de nombreuses discussions avec le cousin Auguste. Il me racontait ses malheurs, mais jamais avec l’intention de susciter la pitié. Au contraire, il parvenait à chaque fois à nous faire rire. Voilà des années que je lui disais qu’il pourrait être un personnage de roman. C’est fait, j’ai conservé ses souvenirs d’enfance, et j’ai inventé une trame fictionnelle dans laquelle s’inscrivent ces anecdotes, drôles ou douloureuses...

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