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Parution le 24 août 2017
480 pages


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Interview de Jean d’Aillon pour Les Collèges fantômes



Vous êtes Docteur d’Etat en sciences économiques, ancien enseignant en histoire économique et en macroéconomie, puis vous avez travaillé dans l’administration des Finances… Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Je rédigeais des ouvrages scientifiques et, lors d’un anniversaire d’un de mes enfants, une mère m’a suggéré d’écrire un roman en examinant ceux qui se trouvaient dans ma bibliothèque. L’idée a muri dans mon esprit, car je ne m’en croyais pas capable, puis un jour j’ai commencé Le Mystère de la chambre bleue, un roman historique autour d’un livre contenant un secret.
Pourquoi un roman historique ? Parce que ce genre a nourri ma jeunesse avec Conan Doyle, Dumas, Zevaco, Paul Féval, la baronne Orzy, Amédée Achard, Walter Scott, Sabatini … et bien d’autres. Et comme je suis également amateur de romans policier ou d’intrigues criminelles, je me suis tourné vers le « policier historique ». A l’époque, ce livre a été refusé par tous les éditeurs, mais c’est maintenant un de mes ouvrages le plus vendu. J’y faisais apparaître un personnage que l’on retrouve désormais dans une vingtaine de romans : Louis Fronsac.
 
D’où vient votre passion pour l’Histoire de France ?

Tout d’abord, parce que l’Histoire est un miroir du présent et de l’avenir. Tenter de mieux comprendre le présent, et d’imaginer le futur, implique de bien connaître le passé. En ce sens, les lecteurs de romans historiques sont certainement ceux qui s’intéressent le plus à la compréhension du monde présent.
En second lieu, parce que l’Histoire nous offre des événements incroyables, prodigieux, souvent invraisemblable (mais pourtant vrais !) qu’il est aisé de transformer en roman. Les utiliser, c’est finalement une forme de facilité puisqu’il n’est pas nécessaire de faire de grands efforts d’imagination.
 
Avez-vous une période de prédilection ? Quelle est celle, au contraire, pour laquelle il vous serait difficile d’écrire ? Et pour quelles raisons ?

Non, je n’ai pas de période de prédilection. J’ai beaucoup écrit sur le xviie siècle, puis le xvie et, finalement, j’ai remonté le temps jusqu’à la guerre de cent ans et au règne de Philippe Auguste. Je me suis également  intéressé à l’époque romaine, au xviiie et à la Révolution. Seul le xixe et le début du xxe ne me tentent pas. J’ai fait une incursion dans la Seconde Guerre mondiale avec Juliette et les Cézanne, mais bien que ce soit, à mes yeux, mon meilleur roman, il n’a pas connu de succès.

Si l’Histoire offre un champ imaginaire incroyable, elle se base, bien sûr, sur des vérités scientifiques. Quelle est votre part de liberté de romancier ?

Au niveau des personnages que j’invente, la liberté est bien sûr totale. Pour les autres, on peut inventer sur la partie de leur vie qu’on ne connaît pas. Ainsi, Jean François Paul de Gondi, cardinal de Retz, apparait dans mes romans à diverses époques de sa vie. Quand il s’agit de la Fronde, je reste aussi près que possible de ses mémoires et, parfois, ce qu’il dit dans les dialogues du roman est identique à ce qu’il a écrit. Pour sa jeunesse, dont on sait peu de choses, je me suis senti libre de le faire agir à mon gré, en respectant bien sûr son caractère. C’est ainsi qu’il est présent à l’âge de treize ans dans Les Collèges Fantômes, comme il l’était déjà dans les Ferrets de la reine.

Dans Les Collèges fantômes, les lecteurs vont retrouver un de vos héros récurrents, Louis Fronsac. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?

Louis Fronsac, notaire et fils de notaire, apparaît pour la première fois dans Le Mystère de la Chambre bleue avec son ami, un jeune commissaire de police au Grand Châtelet : Gaston de Tilly. Les premiers récits se situaient à la fin du règne de Louis XIII, puis durant la Fronde. Ensuite je me suis intéressé à sa jeunesse avec Les Ferrets de la reine et Les Collèges Fantômes. Un troisième opus de ses Chroniques du collège de Clermont, est prévu. J’ai aussi écrit quelques romans plus tardifs, sous le règne de Louis XIV, comme Le Dernier secret de Richelieu, qui sera réédité chez 10/18, ou Le Grand Incendie, qui sortira chez Plon. Enfin j’ai commencé une suite de nouvelles qui se situent au début de l’âge adulte de mon héros. Je traite ainsi de presque tout le xviie siècle !
Fronsac est un raisonneur. Il possède un esprit de géométrie, lui a affirmé son ami Blaise Pascal. Mais c’est aussi un homme intrépide et courageux.  On voit que ces talents étaient déjà bien présents dans Les Collèges Fantômes. S’il juge que la plume est plus forte que l’épée, il n’hésite pas à manier le pistolet dont il sait bien se servir !
Dans mes romans, parallèlement au déroulement de l’intrique, je m’attache à décrire la vie de mes héros, leurs problèmes journaliers, leurs amours, leurs amis, leur carrière. Mon jeune notaire est anobli, il se marie, a des enfants. De son côté, Gaston de Tilly a des maîtresses, puis épouse une comédienne de la troupe de Molière. On apprendra bientôt qu’il a un fils dont il ignorait l’existence. Louis a d’autres compagnons tel Bauer, un géant Bavarois, ancien lansquenet, et Gaufredi, un vieux reître de la guerre de Trente ans. Ils croisent Paul de Gondi –  le cardinal de Retz – Tallemant des Réaux, Molière, Richelieu, Mazarin, la marquise de Rambouillet, le lieutenant civil Laffemas, Colbert, Le Tellier ainsi que quantité de personnages, un peu oubliés, de cette époque.

Quel est le point de départ de ce nouveau roman et le cœur de l’intrigue ?

Voici une dizaine d’année, j’avais donc envie de raconter la jeunesse de Louis Fronsac. J’ai ainsi écrit Les Ferrets de la Reine, une autre version des Trois mousquetaires. Pour des raisons de chronologie, l’histoire se passait en 1624/1625, au moment du mariage entre le futur Charles Ier et d’Henriette Marie, sœur de Louis XIII, car c’est là que se rencontrèrent Anne d’Autriche et Buckingham. A ce moment-là, Fronsac avait douze ans, et je l’ai donc imaginé pensionnaire au collège de Clermont, et découvrant un complot conduit par les jésuites.
C’était amusant de décrire la vie dans ce collège, et les amis de Fronsac, en particulier Gaston de Tilly avec qui il faisait connaissance. J’ai donc décidé de faire une suite, en 1625/1626. Or durant cette période se produisirent deux évènements importants : la conspiration de Chalais, le premier grand complot contre Richelieu, même s’il s’agissait d’une affaire fort mal menée par les frères Vendôme, et l’affaire Santarelli, une histoire de livre interdit qui a failli provoqué l’exil des jésuites. Or à ce même moment, les jésuites tentent d’agrandir Clermont en achetant deux collèges mitoyens. J’avais tous les éléments pour mon histoire !
 
Pouvez-vous nous parler de la vie du collège de Clermont (le futur lycée Louis le Grand) de l’époque ?

Clermont était le collège le plus prisé tant par la noblesse que par la bourgeoisie, mais il n’appartenait pas à l’Université de Paris car l’enseignement était fait par les Jésuites, longtemps (et souvent avec raison) suspectés d’être les représentants du Pape en France.  Le recteur de l’université attaquait donc régulièrement cet établissement pour tenter de le faire fermer.
Dans cette école, la vie était fort rude. On n’y parlait que le latin, on apprenait aux enfants à obéir, le fouet était l’une des sanctions, mais en même temps on ouvrait l’esprit aux enfants en enseignant des matières scientifiques négligées par l’Université de Paris. Les professeurs jésuites étaient réputés les meilleurs de France. Rappelons que Molière et Voltaire sortiront de Clermont.
J’ajoute que la documentation est fort abondante sur ce collège puisqu’on dispose de listes d’élèves, de maîtres, et même des menus des pensionnaires !
 
Comme toujours votre roman est richement documenté. Comment procédez-vous ?  Comment faites-vous pour faire revivre ce Paris étonnant de l’époque ? Consultez-vous des historiens ?

Je dois posséder quelques centaines d’ouvrages historiques dans un peu tous les domaines : lieux, personnes, vie quotidienne, religieuse, financière… Il s’agit surtout de livres, anciens ou modernes, sur papier ou numérisés, mais aussi d’articles scientifiques, des biographies (de personnages connus et moins connus), des ouvrages d’urbanisme et d’architecture  ou encore de plans anciens, de dessins et peintures (indispensables pour les costumes, scènes de rue ou d’intérieur et portraits de personnages), ou de références par sujets (procédure pénales, police, exécutions publiques, vie quotidienne, éclairage, mœurs…)
L’important est surtout de se rappeler où se trouve la documentation ! Pour y parvenir, quantité de fichiers accessibles par mots clefs sont dupliqués dans différents dossiers par sujet. Je bute parfois sur des détails qui peuvent paraître sans intérêt mais auquel je m’attache : par exemple savoir où habitait tel ou tel de mes personnages (quand il a existé), si possible obtenir son portrait et – pourquoi pas ? – la description de son intérieur.
Ce genre de recherche me facilite l’écriture car, plus j’en sais sur mon personnage, plus il m’est facile de le faire agir « naturellement » dans le roman.
 
 
Comment aimez-vous que l’on qualifie vos romans : romans policiers ancrés dans l’histoire, ou bien romans historiques à suspense ?

J’aime bien les termes : romans historiques à intrigue criminelle.


Autour de Jean d’Aillon

Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré ?

Je n’ai pas de modèle, mais j’apprécie particulièrement les auteurs cités plus haut : Conan Doyle dans ses romans historiques (La Compagnie blanche, et Les Réfugiés, par exemple). Dumas, bien sûr, Zevaco, la baronne Orzy avec le Mouron rouge (dont j’ai repris des éléments dans Le duc d’Otrante et Les Compagnons du soleil) ou encore Amédée Achard (Belle Rose et Les Chevauchées de M. de la Guerche). Walter Scott (dont les personnages d’Ivanhoé reviennent dans les Guilhem d’Ussel), Raphael Sabatini (Capitaine Blood, Scaramouche). Une mention spéciale pour Jules Verne et L’Ile mystérieuse. Dans les auteurs « modernes », je lis  Alexander Kent (chez Phébus), Ken Follet, Lee Child, David Morell, Richard Preston, Nelson DeMille, David Baldacci, C.J. Box et ses « Joe Pickett ». Chez les auteurs français ce sont surtout les historiens comme Jean-Christian Petitfils  et Simone Bertière.

Avez-vous des romans historiques de prédilection ?

Aux romans que je viens d’énumérer il faut bien sûr ajouter la série du juge Ti de R. Van Gulik et frère Gadfael d’Ellis Peters. Deux grandes séries jamais égalées.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

J’écris tous les jours quelques pages  ce qui fait environ 1 000 pages A5 par an, soit 2 romans et demi.
Je commence toujours de la même façon, j’ai une idée d’intrigue – souvent à partir d’un fait réel ou d’une situation politique ou économique – pour laquelle je prépare une liste de personnages avec toutes leurs caractéristiques (physiques et morales). Pour les personnages historiques secondaires, cela peut demander une recherche assez longue. Pour les personnages « inventés », j’imagine leur vie avant l’histoire que je vais raconter, quel étaient leurs goûts, leurs mœurs, leur comportement
Evidemment, pour les personnages rémanents d’un roman à un autre, je tiens à jour le déroulement de leur vie, leurs goûts, leur façon de vivre, leurs habitudes, la façon dont ils s’habillent et se coiffent.
Ensuite j’étudie les lieux où se passera le roman et pour lesquels je rassemble aussi le maximum d’information, y compris en allant sur place. Enfin, je fais un découpage assez détaillé de l’histoire, en préparant quelques intrigues secondaires. Quand ce travail est terminé, l’écriture peut commencer et est relativement facile.

Quel est le plus beau compliment qu’un(e) lecteur (trice) vous ait fait ?

Un jour, une lectrice m’a interpellé dans un salon :

— Ah, c’est vous Jean d’Aillon ! Depuis que mon mari a découvert vos livres, il ne fait plus rien dans la maison ! Parfois même il se cache pour lire vos romans ! Je le fais sortir de sa tanière en lui criant : « j’espère que tu ne Jeandaillone pas encore ! »
C’est ainsi qu’a été créé le verbe Jeandaillonner : lire des Jean d’Aillon en se désintéressant du reste du monde.

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