L’histoire débute en 1861. Le shogunat des Tokugawa, une dynastie de dictateurs militaires, a gouverné le Japon sur plus de deux cent cinquante ans, assurant une paix sans nuages au pays. Mais le système qu’ils ont créé commence à montrer des défaillances. Le shogun est désormais virtuellement emprisonné dans son palais – le château d’Edo, un imposant édifice, grand comme une petite ville, qui domine Edo [aujourd’hui Tokyo] et renferme en ses murs une cour flamboyante et décadente, telle celle d’un Versailles oriental…
Tandis que le pouvoir est aux mains de ses ministres, le shogun n’est plus qu’un pantin dont les journées sont rythmées par les rituels et les cérémonies. Sa principale tâche est de procréer pour assurer sa succession. Trois fois par jour, il fait une visite officielle à son « harem », dans le Palais Intérieur, un véritable labyrinthe peuplé de centaines de femmes. Il est le seul homme autorisé à y pénétrer.
En 1853, le douzième shogun, Ieyoshi, meurt soudainement (les rumeurs prétendent qu’il fut assassiné), deux semaines après l’arrivée des armées du commandant Perry au large des côtes japonaises. Son unique fils, Iesada, est un homme faible et facile à manipuler. Il meurt cinq ans plus tard, sans autre descendance qu’un fils adopté, Iemochi, âgé de douze ans.
A cette époque, tout le monde sait que le Japon est à la veille d’une crise majeure. Les « barbares étrangers » ont envahi le petit port de Yokohoma et sèment la confusion dans Edo. Ils représentent une menace sérieuse pour le peuple japonais, qui a assisté, impuissant, au dépeçage de la Chine voisine par les Européens. Les plus farouches opposants à l’ouverture du Japon sont les clans de samouraïs du sud-ouest du pays, les ennemis traditionnels du shogun. Durant les siècles de paix, les shoguns ont réussi à maintenir le calme au sein de ces clans hostiles. Mais ces derniers sont devenus incontrôlables et réclament le départ immédiat des étrangers.
Un renouveau politique souffle sur le pays. Pendant des siècles, l’empereur a été oublié dans son palais à Kyoto. Les seigneurs rebelles du Sud désirent plus que tout le voir reprendre place à la tête du pays. En ces temps mouvementés, seul un shogun fort pourrait faire face. Une tâche impossible pour le jeune Iemochi. Pourtant, personne n’imagine encore que le système shogunal, vieux de plusieurs siècles, vit ses dernières heures.
En 1860, les conseillers d’Etat trouvent une solution qui résout une partie du problème : ils proposent que le shogun, alors âgé de quatorze ans, épouse la demi-sœur de l’empereur, la princesse Kazu, afin de réconcilier tout le monde. Mais Kazu ne l’entend pas de cette oreille. A quatorze ans, elle a déjà un caractère bien trempé et refuse de quitter Kyoto pour la ville militaire d’Edo envahie par les étrangers. Après de longues négociations, elle cède enfin. En octobre 1861, la princesse et sa cour – une procession de plus de dix mille personnes – entament un périple à destination d’Edo. C’est dans ce contexte historique instable que commence La Dernière Concubine…
A travers le destin exceptionnel de Sachi, tour à tour concubine raffinée et guerrière à l’âme de samouraï, Lesley Downer fait revivre un Japon millénaire, une culture étonnante sur le point de disparaître. Une somptueuse épopée au charme envoûtant.