Zarah Ghahramani est née en 1981 à Téhéran, deux ans après l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny et l’instauration de la République islamique. En 2001, la vie de cette jeune femme rangée de la classe moyenne iranienne bascule à la suite de son arrestation pour sa participation à des manifestations étudiantes. Enlevée en plein Téhéran par la police secrète alors qu’elle n’a que dix-neuf ans, elle est condamnée pour « incitation à la violence contre la République islamique d’Iran ». Prisonnière des mollahs est le témoignage poignant de son passage en 2001 à Evin, prison tristement célèbre pour ses méthodes de torture. Là-bas, elle découvre l’univers carcéral, les humiliations et les sévices, et en vient à donner les noms des responsables du mouvement étudiant afin d’échapper à la barbarie de ses tortionnaires. Portrait d’une rescapée.
Zarah Ghahramani a grandi dans une banlieue tranquille de Téhéran, au sein d’une famille bourgeoise kurde, progressiste et tolérante. Sa mère, de religion zoroastrienne, et son père, de confession musulmane, l’ont très tôt incitée à lire et à s’instruire, convaincus de l’importance capitale de l’éducation tant pour les garçons que pour les filles. Cependant, comme toutes les femmes de sa génération, Zarah a dû s’habiller en noir et porter le voile selon les lois très strictes du régime instauré par Khomeiny. Comme tous les jeunes de sa génération, elle a vécu dans l’ombre de la guerre Iran-Irak.
Cette jeune femme idéaliste, fervente lectrice de Kafka, de García Lorca et de poésie perse, ne se présente pas comme une militante engagée. Zarah se décrit davantage comme une fille typique de la classe moyenne iranienne, rêvant de se marier et de fonder une famille. Sa conscience politique, s’amuse-t-elle, s’est d’ailleurs construite autour de considérations apparemment triviales : les règles vestimentaires arbitraires imposées par les mollahs. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans un pays où les choix les plus intimes sont soumis à la loi des fondamentalistes, ce qui peut sembler dérisoire aux Occidentaux habitués à la liberté prend un sens tout particulier. Zarah évoque avec attendrissement les petites ballerines roses de son enfance, véritables marques d’opposition politique dans un pays où le noir est la couleur officielle. Avec le temps, sa conscience politique mûrit. Zarah raconte avec émotion le jour où sa cousine s’est immolée pour échapper à un mariage forcé. C’est ce drame familial qui lui a révélé la condition des femmes dans un pays où elles sont considérées à jamais comme des enfants.
Après sa libération d’Evin, on a interdit à Zarah de poursuivre ses études universitaires en Iran. Robert Hillman, écrivain australien dont elle a fait la connaissance en 2003 en Iran et qui l’a accompagnée dans l’écriture de ce récit bouleversant, l’a aidée à fuir en Australie, où elle vit actuellement. Zarah Ghahramani n’a aujourd’hui plus aucun avenir dans son pays.