Vous vous spécialisez dans le roman de terroir.
Il s’impose de lui-même. Un jour, je vois arriver sur mon bureau un roman écrit par une provinciale, et qui parle de ce qui n’intéresse personne dans le petit milieu branché de Saint-Germain : les petites gens d’autrefois, les travailleurs du passé, ceux qui ont fait ce que nous sommes. C’est La Poussière des corons, de Marie-Paul Armand.
Et… ?
Je l’édite. Il y avait là une voix montée des profondeurs du temps, qui parlait à tout le monde. Une collection qui a pris le nom de « Terres de France » est née. Nous publions 30 romans par an, la collection en compte aujourd’hui 250.
Parlez-nous des auteurs.
Ils habitent la province ou Paris, vivent de leur plume ou ont une profession libérale. Leurs écrits témoignent des traditions, des mœurs, des joies et des drames qui furent ceux de nos arrière-grands-parents.
Dans les deux cas, il s’agit d’éternité.
Oui. C’est la clé du succès des romans « Terres de France » : ils répondent à ce besoin que nous avons toutes et tous de saisir notre vie jusqu’aux racines. Ces racines, ce sont les traditions, l’Histoire et les histoires qu’on dit à tort petites mais qui font la grandeur de ces gens dont nous descendons. Les métiers disparus qui témoignent de l’inventivité de l’homme. Le destin de l’humanité défile là, à travers le destin de quelques-uns…
En même temps, ce sont d’extraordinaires livres d’histoire ou de sociologie.
Ce sont avant tout des romans. On oublie combien hier était rude, précaire et brutal dans les campagnes comme dans les villes.
Dans « Terres de France », on réhabilite aussi les régions.
C’est la revanche de la littérature provinciale sur la littérature parisienne ! [rires] Il y a là une extraordinaire profusion de paysages naturels ou industriels, de forêts, de montagnes et de plaines immuables du XVIe siècle jusqu’à la moitié du XXe. Lire un « Terres de France », c’est voyager dans le temps.
Et comme si cela ne suffisait pas, vous éditez aussi des Grand Romans.
Oui, j’édite aussi des romans dont l’intrigue se situe de préférence dans des pays exotiques. J’en publie 5 à 6 par an, avec 10 000 exemplaires vendus en moyenne, qui ont beaucoup de succès auprès des libraires…
Les libraires, voilà vos amis !
Ils sont comme moi, et moi comme eux : nous ne bougeons guère, mais nous avons des ailes de géant.
En conclusion… Un pays sans passé est un pays sans avenir.