Etre issus de milieux aisés ne dispense pas les six personnages de ce roman choral, Lil, Tal, Sadie, Beth, Emily et Dave, des difficultés inhérentes au passage à l’âge adulte. Pendant leurs études, tous ont rêvé de s’écrire un destin. Le monde semblait alors leur offrir des possibilités infinies, dont aucune ne paraissait irréalisable. Lorsque le roman s’ouvre, les six amis quittent à peine le cocon universitaire et commencent tout juste à se frotter à l’épreuve de la réalité : trouver un travail, un logement, s’affranchir de la tutelle des parents, s’engager sentimentalement. Autant d’expériences qui les obligent souvent à revoir leurs idéaux à la baisse. En toile de fond de cet ambitieux roman d’apprentissage, le 11 Septembre et l’élection de George W. Bush, deux coups sérieux portés au rêve américain qui symbolisent en quelque sorte la perte d’innocence de ce groupe d’amis.
Le Plus Bel Age a pour décor une ville qui a toujours fasciné les écrivains : New York la bouillonnante, la vénéneuse, l’inaccessible. Impossible de ne pas penser à Jay McInerney en lisant cette chronique new-yorkaise. Mais Joanna Smith Rakoff trace une nouvelle géographie de la ville, dont le cœur n’est pas Manhattan, un borough devenu trop cher avec la flambée du marché immobilier, mais Brooklyn et ses « villages » que sont Williamsburg, Cobble Hill ou Bedford. Des quartiers encore louches il y a peu, que le lecteur découvre en même temps que les personnages, avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Des espaces inconnus aux mille promesses pour ces jeunes au seuil de leur vie d’adulte.