La Roulette n’est pas juste un restaurant. Il s’agit d’une véritable institution comptant parmi les cinq établissements les plus fréquentés de New York, l’une des capitales mondiales du goût. Un univers parallèle, avec ses propres règles – qu’on apprend sur le tas, souvent à ses dépens – et ses habitants – dont certains ont un ego à l’image de leur talent : surdimensionné. Chef génial mais aussi caractériel qu’une diva, plats élaborés à partir d’aliments aux noms exotiques et bien évidemment issus de l’agriculture biologique, clientèle composée de connaisseurs exigeants, de snobs capricieux ou simplement de bons vivants en quête de nouvelles sensations culinaires… la Roulette n’existe que dans la fiction, mais ressemble à s’y méprendre à ce que l’on imagine des grands restaurants dont la cuisine et l’atmosphère sont chroniqués régulièrement dans la presse et les émissions spécialisées.
Il faut dire que la description qu’en font les sœurs MacDowell, qui ont toutes deux été serveuses, est des plus réalistes. Les auteurs tirent merveilleusement profit du regard novice de leur narratrice, qui, contrairement à ce qu’elle a laissé entendre dans son CV, n’a jamais travaillé dans un restaurant. Pour elle, comme pour le lecteur qui la suit, c’est le saut dans le grand bain dès les premières lignes du roman, qui retranscrivent à la perfection l’effervescence en salle et en cuisine, où la moindre erreur peut en un clin d’œil se transformer en catastrophe. Du pliage de serviettes au service en passant par le dressage impeccable des tables et la connaissance irréprochable de la carte et de ses subtilités, Erin doit tout apprendre très vite si elle ne veut pas devenir le grain de sable dans la mécanique bien huilée qu’est la Roulette. Elle comprend rapidement que dans un tel restaurant chaque détail compte et contribue tout autant à la réputation de l’établissement que l’excellence des mets proposés.
Au-delà de la satire du microcosme de la gastronomie et de la haute société new-yorkaise, Un baiser, l’addition ! rend un hommage drôle et léger aux métiers de bouche et à tous ces passionnés qui font de la cuisine un art. A consommer sans modération ! |