Vous étiez comédienne, comment êtes-vous passée à l'écriture ?
Ecrire est un besoin depuis l’enfance, lorsque j'écrivais des histoires que je mettais en scène, ou que je tenais mon journal. J'ai débuté par le métier de comédienne, peut-être par tradition familiale (ma mère jouait... Petite fille, le soir en cachette, j'écoutais les répétitions !), et j'aimerai toujours le théâtre, l'odeur des planches, la sensation grisante du rideau qui s'ouvre... Mais, tout en jouant, j’éprouvais le désir d’exprimer mes propres émotions, mes révoltes, mes préoccupations, et celui de créer mes propres personnages, d’écrire leur histoire. J’ai d’abord écrit des pièces pour la jeunesse, puis participé à l’élaboration de scénarios… Enfin, les romans…
Quoique écrire soit plus solitaire, je rencontre de nombreuses similitudes avec le théâtre : le côté « caméléon » - nous entrons dans la peau et la vie des personnages - et les émotions, les sentiments que nous véhiculons au travers d’eux. Emotions que nous partageons avec les lecteurs comme avec les spectateurs… Un jour, une lectrice m’a dit : « Nous avons des amis en commun : vos personnages.» Quoi de plus émouvant ?
La plupart de vos romans se passent dans le Nord, pourquoi êtes-vous si attachée à cette région ?
Ma région d’origine est la Flandre française… Inlassablement traversée, elle fut ignorée, voire décriée par des clichés tenaces. Dès que j’ai pris la plume, je me suis mise à montrer sa richesse culturelle et historique, ses côtés baroques ou truculents. C’est une région conviviale, on le sait aujourd’hui, où les traditions sont restées vivaces. Elle reste pourtant secrète.
Et puis, d’un point de vue personnel, là se trouve la mémoire des miens. Sur cette terre ont vécu mes ancêtres, c’est là que s’est fait l’éveil de mon cœur et de mes sens, que j’ai reçu mes premières sensations, ressenti mes premières émotions, conçu mes premiers rêves de lointain. La Flandre française a véhiculé à l’enfant la poésie de ses images, de ses paysages, avant la poésie des mots. Elle reste mon assurance pour l’avenir, même si je vis à Paris. Justement, c’est en partant que j’ai eu le sentiment d’appartenir à cette terre. Les habitudes avaient endormi mon esprit de curiosité. La distance a créé un autre regard sur la région, a permis le « rêve ». J’ai eu l’impression de « re-naître » à ma région natale. Et en l’évoquant, en songeant aux moulins, aux géants, aux dunes, j’éprouve un sentiment de joie intérieure. Je suis très fière d’ailleurs d’être la marraine d’un géant en Flandre.
Aujourd’hui, ma région natale, le Nord, a pris un sens plus large : je me sens appartenir au nord de l’Europe.
Dans votre dernier roman, Un palais dans les dunes, vous dépeignez deux univers bien différents, celui du petit port de pêche d'Etaples et celui de la prestigieuse station du Touquet. Qu'est-ce qui vous a le plus frappée dans ces deux mondes ?
Un pont, seul, les sépare ! Et ce sont bien deux mondes opposés : l'un s'amuse, se grise, oublie, dépense... L'autre travaille, peine, et ne prend pas le temps de rêver...
C’est incroyable comme cette terre de France, à l'époque de l'entre-deux-guerres, était prisée du monde entier... Maharadjahs, Américains, gentry anglaise, acteurs, tous venaient au Touquet-Paris-Plage et au Royal Picardy, comparable pour le destin et pour l'extravagance au Titanic. J’ai dépeint cet univers avec le regard de deux personnes : George, originaire de ce milieu privilégié, et de l'autre côté du pont qui sépare le Touquet d'Etaples, ma jeune Laurette, fille d’une pêcheuse de crevettes.
Que représente justement pour vous le personnage de Laurette ?
J’ai des rapports très tendres avec ma petite Laurette qui a priori n'a rien pour elle, rien pour accéder au « grand monde », et ne devrait même pas y rêver. Pourtant elle y rêve, et décide de jouer le tout pour le tout pour atteindre, comme disait Jacques Brel, " l'inaccessible étoile " Elle va tout faire pour « traverser le miroir ». Mais va-t-elle vraiment s’intégrer au « beau monde » ? J’espère que mes lecteurs la trouveront attachante, car, en dépit de tout, elle garde son potentiel d’amour, et d’émerveillement. J’éprouve aussi de la compassion pour lady Foster, qui, elle, fait partie de ce milieu privilégié, mais ne supporte pas de vieillir au sein d’une nouvelle époque qui se doit d'être jeune, belle et bronzée...