Vous avez suivi les cours de l’Ecole du Louvre puis vous avez commencé à écrire. Pourquoi ce changement d’orientation ?
J’étais passionnée par l’archéologie égyptienne, ce qui m’a donné envie de suivre les cours de madame Desroches Noblecourt à l’Ecole du Louvre. Puis l’envie d’écrire s’est imposée. Pour entamer un premier roman, il faut oublier les auteurs que l’on admire ! J’ai eu cette sagesse ou cette inconscience. Mon désir de raconter m’a fait oublier les obstacles qui pourraient entraver cette aventure. Si on prononce devant moi les mots magiques « Il était une fois…», je ne pense qu’à attraper la balle au bond et à poursuivre la phrase. Chaque matin, je me réveille en songeant que j’ai beaucoup de chance de pouvoir créer des univers, inventer des personnages, les faire vivre… C’est une drogue contre laquelle des cures de désintoxication répétées ne donneraient aucun résultat.
Vous êtes une Parisienne dans l’âme, on le ressent dans Jouez cœur et gagnez, où vous décrivez un Paris intime et secret. Mais vous évoquez aussi la Touraine dans plusieurs de vos romans, notamment le dernier, Il nous reste si peu de temps. Pourquoi cette région ?
Je suis née à Paris et j’y ai toujours habité. C’est MA ville ! Je ne me lasse pas de la parcourir pour en découvrir les trésors cachés. Mais je suis attachée à la Touraine, où je passais toutes les vacances scolaires dans la maison de mes grands-parents qui se situait entre Cormery et Montbazon. Au bord de l’Indre, j’ai beaucoup lu et rêvé. Ma grand-mère me racontait la construction de cette maison en 1930, ce qu’elle y avait vécu. Il y avait de nombreux albums de photos prises par mon grand-père, les films qu’il avait tournés. Une manne pour mon tempérament romanesque !
Dans Il nous reste si peu de temps, vous faites revivre la période de l’occupation allemande à Tours à travers Rose, une jeune femme volontaire et passionnée. Racontez-nous comment est né ce personnage.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Touraine a été coupée en deux par la ligne de démarcation. A travers Rose, j’ai voulu montrer comment une jeune femme voit basculer sa vie, en apparence tracée. Dès la mobilisation générale, elle n’hésite pas à se mettre en danger. Dans tous les domaines ! La sensation du temps compté, sa soif de justice et de liberté, son refus de l’inacceptable, sa découverte de l’amour feront voler en éclats ses anciennes certitudes et changeront de fond en comble sa destinée.
Pour finir, pouvez-vous nous dire comment vous travaillez, quelles sont vos sources d’inspiration, utilisez-vous beaucoup de documentation ?
Je travaille quotidiennement. C’est le seul secret ! Le matin, je réfléchis à ce que je vais écrire dans la journée. Puis je relis les feuillets de la veille et je les corrige. Ensuite, je reprends le fil de mon histoire. Les sources d’inspiration sont multiples : un tableau, les paroles d’une chanson, une image saisie dans la rue, une époque, l’air du temps. Au début, j’ai privilégié les romans historiques : le XIX<sup>e</sup> siècle et l’impressionnisme, 1930, 1950. Puis je suis revenue vers le présent pour évoquer des sujets de société. Chaque fois, la documentation est imposante, mais elle nourrit mon imaginaire. Je commence une fiction dès que je me sens aussi à l’aise dans la période à traiter que dans la mienne. Et j’essaie de diluer ce que j’ai appris. Rien n’est plus pesant et ennuyeux que de lire un roman qui tourne au document historique !