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Jean-Baptiste Bester, la passion des terres lointaines
Texte Caroline Collet / Photo : Jean-Baptiste Bester © Denis Westhoff
Jean-Baptiste Bester est passionné de cinéma mais aussi de musique, de théâtre et de littérature. Il admire Alexandre Dumas et Jules Verne, qui lui ont donné le goût de l'histoire et des grands récits d'aventure. Il publie aujourd’hui son deuxième roman, A l’heure où dorment les fauves, et à cette occasion il a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions.
Vous avez travaillé quelque temps dans le cinéma. Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écriture ?
Cette passion remonte à longtemps. Enfant, je passais pour être un narrateur infatigable. Je saoulais mes amis, ma famille avec des histoires sans queue ni tête tout droit sorties de mon imagination. Plus tard, vers 15-16 ans, j'ai découvert la guitare, le piano… et les Rolling Stones. Ça a été un choc. J'ai joué dans plusieurs groupes de rock, écrit mes premières chansons. Je m'étais mis en tête de devenir Keith Richards (car les filles se pâment toujours devant les guitaristes) ! A la fin des années 80, j'ai même fait quelques disques comme auteur-compositeur, qui ont surtout été connus par ma concierge ou mes voisins de palier. Parallèlement, je suis devenu assistant réalisateur au cinéma. 
Avec le génial Samuel Fuller, dont j'ai été la "nounou" quelques mois, j'ai appris notamment à écrire un scénario. Je pense avoir gardé les "tics" de l'écriture cinématographique dans mes livres. Mon style est avant tout visuel. Lorsque j'imagine une scène, je dois d'abord me projeter mentalement le décor, les visages, les expressions de chacun de mes personnages, que j'assimile à des acteurs, avant de leur prêter vie. J'utilise par ailleurs la technique du "champ / contre-champ" lorsqu'ils doivent s'exprimer ou se déplacer. Je me considère plus comme un metteur en scène, qui ferait évoluer des intrigues et des personnages, non pas dans des lieux en 3D mais sur du papier. Ma caméra est un stylo-plume, ou plutôt un clavier d'ordinateur.
 
 
Votre premier roman se passait à la Martinique, le nouveau se déroule en Afrique du Sud. Racontez-nous pourquoi vous avez choisi ces terres lointaines.
Parce que je m'y suis rendu à plusieurs reprises. Je commence à bien les connaître. La Martinique et l'Afrique du Sud présentent de nombreuses similitudes. Toutes deux ont souffert du colonialisme, du racisme, ces plaies qui, aujourd'hui encore, ne semblent pas vouloir se refermer. Il y a dans leurs histoires respectives tant de drames, de souffrance qu'il y aurait de quoi écrire des dizaines de romans sans lasser les lecteurs. Sur le plan de la dramaturgie, on peut difficilement trouver mieux que ces pays-là.
Par ailleurs, l'un comme l'autre recèlent des paysages à couper le souffle, des traditions étonnantes, des couleurs, des parfums enivrants. Ce sont des pays envoûtants, dont on revient transformé.
 
 
Dans votre dernier roman, A l’heure où dorment les fauves,vous racontez une fabuleuse course à la poursuite d’un diamant d’exception. L’histoire des mines de diamants vous a visiblement beaucoup inspiré, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Dans A l’heure où dorment les fauves, j'ai voulu explorer ce vice que tant d'hommes (et de femmes) ont reçu en partage : la cupidité. Ce n'est pas un roman moralisateur, loin s'en faut. Il ne pose qu'une question, à laquelle je n'apporte d'ailleurs aucune réponse : " Peut-on s'enrichir au détriment des    autres ? "
Personnellement, je pense qu'il n'y a aucune honte à vouloir gagner de l'argent. On vit mieux avec que sans. Définitivement. Seulement, lorsqu'on doit pour ce faire priver des peuples de leurs ressources naturelles, les laisser dans l'indigence, parfois même les réduire en esclavage ou les bannir de leurs propres terres, ça n'a plus rien de glorieux. Au contraire, c'est sordide.
Le diamant, à travers les âges, a rendu fous les hommes. C'est le matériau le plus noble, le plus pur qui puisse se trouver sur terre. Et dans le même temps, il est associé à la destruction, à la mort, au chaos. Ces dernières années, en Afrique, des pays tels que la Sierra Leone ont entièrement financé leurs guérillas grâce au diamant. Ce sont des zones de non-droit où quelques chefs de guerre sanguinaires, soutenus par des trafiquants étrangers, font régner la terreur. Là-bas, on appelle d'ailleurs le diamant    "blood diamond". Cette pierre diabolique, qui sied si bien aux femmes, continue d'attiser toutes les convoitises. Il en est de même pour l'or ― qu'on trouve aussi en abondance en Afrique du Sud ― et pour bien d'autres richesses. On a encore en mémoire les atrocités commises par les Belges au Congo, lorsque le roi Léopold II a fait main basse sur le caoutchouc.
L'un des décors principaux de A l’heure où dorment les fauves est une mine de diamants fort justement baptisée Big Hole. En 1880, elle était profonde de quatre cents mètres. Aujourd'hui, elle est profonde d'un kilomètre ! C'est dire l'acharnement avec lequel les prospecteurs l'ont creusée. Elle est devenue une sorte de musée, une attraction touristique... car il n'y a plus rien à en tirer.
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